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mercredi 5 janvier 2022

Cinema | Top 10 Films (2021)

Bonjour, bonsoir, j'espère que vous allez bien! Voilà maintenant trois ans que je partage avec vous mon top 10 films (la première fois c'était en 2018, la deuxième en 2019, la troisième en 2020). 

En 2020, je n'avais pu voir que 84 films sur grand écran à cause des deux confinements. En 2021, malgré le fait que les salles aient été fermées jusqu'au 19 mai, j'ai réussi à voir 128 films en salles! Ce n'est pas mon record mais étant donné que ce n'était que sur une période de 6 mois, c'est un sacré nombre.

N.B. : Ce top 10 ne concerne que les films qui sont sortis au cinéma en France en 2021. 


Nationalités : Française-britannique.

Sortie : 26 mai 2021. 

De quoi ça parle? : 
Alors qu’il vieillit et devient de moins en moins autonome, un père refuse l’aide de sa fille. Voyant la situation se dégrader, il commence à douter de ses proches, de son propre esprit et même de ce qui est réel.

Pourquoi j'ai aimé :

The Father ce n'est pas seulement une histoire d'un homme atteint de la maladie d'Alzheimer, c'est une expérience à part entière. De par son langage, le cinéma permet justement que l'expérience soit d'autant plus immersive. En effet, on est complètement déstabilisés au niveau de la temporalité et ce, durant tout le film. La perte de repères du personnage principal nous envahit alors et on se retrouve, comme lui, complètement perturbés et troublés par les évènements.

Comme un puzzle ou une énigme qu'on voudrait résoudre, on s'acharne à essayer de comprendre, à trouver un sens à ce qui se déroule. Cet exercice est vertigineux et inatteignable étant donné qu'il n'y a ni de solutions, ni de réponses, ni de logique. Se déroulant dans un seul et même lieu qui est un immense appartement londonien, l'action est rythmée par le changement de pièces. Ainsi chaque changement, de la cuisine au salon, du salon à la chambre, provoque une désorientation totale puisque quasi systématiquement, on revit la même scène avec quelques détails qui se modifient. 

L'autre thème important au coeur du film c'est l'amour d'une fille pour son père. L'interrogation du cinéaste-scénariste c'est : que fait-on de quelqu'un qu'on aime mais qui n'est plus là? On est donc confrontés à un double point de vue. D'une part, on est avec le père la majorité du temps et de l'autre on se retrouve dans la peau de la fille qui subit, d'une autre manière, cette situation qui s'aggrave devant ses yeux au fil des jours et face à laquelle elle ne peut rien faire si ce n'est d'assister avec incompréhension et frustration.

Pour interpréter ses deux rôles forts, qui de mieux que les britanniques Anthony Hopkins et Olivia Coleman? Le choix du premier est intelligent et rusé puisqu'il est impossible de ne pas penser à toute sa carrière et à tous les personnages qu'il a interprété. On perçoit aussi bien du Hannibal Lecter que du Henry J. Wilcox (Retour à Howards End de James Ivory, 1992). Cela a évident pour effet d'apporter beaucoup d'ampleur au tout. Quant au choix d'Olivia Coleman il est génial et pertinent tout simplement parce qu'il n'y a, aujourd'hui, aucune actrice capable d'exprimer autant d'émotions par un regard, un sourire, un geste. À eux d'eux, ils nous bouleversent dans tous les sens et on ne peut être que toucher par la perfection de leur jeu. 

Film labyrinthique et cauchemardesque construit comme un thriller, The Father est loin d'être un drame anodin. Avec un sens du détail et une maitrise de la mise-en-scène fine, Florian Zeller accomplit l'exploit d'un premier long-métrage d'exception. J'ai hâte de voir la suite de sa carrière!

Nationalité : chinoise.

Sortie : 9 juin 2021. 

De quoi ça parle? : 
Pak, chauffeur de taxi et Hoi, retraité, vivent à Hong Kong. Ils ont construit leur vie autour de leur famille mais leur rencontre, au hasard d’une rue, les entraîne sur les pentes d’une belle histoire d’amour, qu’ils décident de vivre sans toutefois bouleverser les traditions de leur communauté.

Pourquoi j'ai aimé :

Ce qui m'a énormément plu dans Un printemps à Hong Kong c'est la manière si délicate de Ray Yeung filme ses personnages. On sent toute la compassion qu'il a pour eux eux sans qu'il n'y ait jamais de doute sur ses motivations à les mettre en scène. Avec ce film, il nous montre qu'aujourd'hui, la relation entre deux hommes n'est pas encore considérée comme Amour mais comme situation inédite et non conventionnelle d'autant plus lorsqu'il s'agit d'hommes d'un certain âge. 

D'autre part, tourné dans le quartier appelé Kowloon City qui est très différent de ce qu'on voit habituellement de Hong Kong (ses centres commerciaux de luxe et ses hôtels très chers), tous les lieux sont représentatifs de la classe ouvrière dont font partie les personnages principaux. Ils sont deux hommes ordinaires, qu'on pourrait croiser tous les jours et dont on ne pourrait jamais imaginer qu'ils soient homosexuels. Sachant que le film est aussi une romance, le défi était de montrer la réalité de ces lieux urbains tout en y infusant du beau et de la poésie.

Je n'ai aucun défaut à relever par rapport à ce film pour tout avouer. Je n'ai pas vu le temps passer et j'ai éprouvé beaucoup de tendresse et de solidarité pour ce couple. Je ne peux donc que vivement vous le recommander et en parler autour de vous pour que les mentalités changent. 


Nationalité : française.

Sortie : 16 juin 2021. 

De quoi ça parle? : 
Difficile pour Virginie de concilier sa vie d’agricultrice avec celle de mère célibataire. Pour sauver sa ferme de la faillite, elle se lance à corps perdu dans le business des sauterelles comestibles. Mais peu à peu, ses enfants ne la reconnaissent plus : Virginie semble développer un étrange lien obsessionnel avec ses sauterelles...

Pourquoi j'ai aimé :

Malgré sa dimension fantastique, il faut savoir qu'il s'agit avant tout d'un film centré sur une famille. Justement, je pense que c'est la raison principale pour laquelle il m'a totalement retournée et surprise dans le bon sens du terme. La mère (interprétée avec brio par Suliane Brahim) est un personnage féminin fort comme on n'a, malheureusement, pas assez l'habitude d'en voir sur le grand écran. Bien que cela la pousse à son propre sacrifice, sa détermination à réussir à tout prix pour donner un meilleur avenir à ses enfants est bouleversante. Il y a quelque chose de viscéralement humain dans son comportement outre-mesure : l'envie de se surpasser et surtout le besoin de protéger sa progéniture. 

À travers le surnaturel, La Nuée parle du monde d'aujourd'hui, du déséquilibre qui affecte la population et les agriculteurs en particulier. Cette héroïne qui se bat contre le système établi montre qu'il n'y a pas d'évolution dans ce milieu et que le machisme est un frein conséquent à quelconque femme voudrait s'y intéresser. Par ailleurs, ce film dénonce notamment les dégâts de la société de consommation qui est en demande constante de quantité plus que de qualité. 

Si les scénaristes confient s'être inspirés des Dents de la mer de Steven Spielberg, Les Oiseaux d'Alfred Hitchcock et La Mouche de David Cronenberg, Just Philippot invente un genre nouveau avec La Nuée.  Entre drame familial horrifique et cinéma d'auteur dans la lignée de films comme Grave de Julia Ducourneau ou encore Take Shelter de Jeff Nichols, ce premier long-métrage est un véritable coup de fouet sur le paysage cinématographique français. 


Nationalité : française.

Sortie : 14 juillet 2021. 

De quoi ça parle? : 
Un couple de cinéastes s'installe pour écrire, le temps d'un été, sur l’île suédoise de Fårö, où vécut Bergman. À mesure que leurs scénarios respectifs avancent, et au contact des paysages sauvages de l’île, la frontière entre fiction et réalité se brouille…

Pourquoi j'ai aimé :

Ce qui m'a particulièrement plu dans ce film c'est sa narration. En effet, le film entremêle deux récits à la fois. Pendant un moment, il n'est pas forcément évident de démêler les séquences qui appartiennent au futur de celles qui se sont déjà passées et s'ajoute à cela d'autres séquences qui sont des rêves. Si cela peut déstabiliser le spectateur, tout est résolu à la fin et l'ensemble est totalement cohérent et compréhensible. Personnellement, je suis impressionnée par un tel travail et j'admire, plus que jamais, Mia Hansen-Løve.

Aussi, Bergman Island repose notamment sur une thématique binaire : c’est un film sur l’amour du cinéma (celui pour Bergman surtout) mais aussi un film sur une double histoire d’amour. À travers son récit, la réalisatrice explore la question du couple liée à la question de l'inspiration. Deux thématiques qui, pour ma part, me passionne et qui, à travers cette fiction en particulier, est encore plus fascinante puisqu'il s'agit de raconter un épisode de la vie de deux cinéastes mariés qui viennent s'isoler sur l'île pour travailler chacun de leur côté sur un nouveau scénario respectif. 

Solitude, complicité,  jalousie, orgueil : voilà quelques sujets au coeur de cette histoire, tous représentatifs du processus de création et tous en rapport direct avec la manière dont Mia Hansen-Løve elle-même développe un film. Elle précise d'ailleurs : "J’ai parfois l’impression que faire des films me permet de récréer des souvenirs qui tendent à se substituer à la réalité qui les a inspirés. »

Enfin, Bergman Island c'est aussi et surtout un film sur un affranchissement, une émancipation. On suit les quatre personnages principaux durant une période restreinte de leurs vies et on témoigne de leur évolution comme les saisons qui s'enchainent et se passent sur l'île.

Je pense que vous l'aurez compris, j'ai vraiment adoré pour des raisons qui, peut-être ne vous toucherons pas autant qu'à moi. Je vous recommande de voir ce film en tout cas parce qu'il a été pour moi, un véritable coup de coeur et une immense source d'inspiration.


Nationalité : américaine.

Sortie : 17 septembre 2021. 

De quoi ça parle? : 

Antonio LeBlanc, d’origine américano-coréenne, a été adopté et a passé sa vie dans un petit village du Bayou de Louisiane. Il va devoir affronter les fantômes de son passé en apprenant qu’il risque d’être expulsé du seul pays qu’il ait jamais considéré comme le sien.

Pourquoi j'ai aimé :

Si j'ai autant aimé Blue Bayou c'est sûrement parce qu'il m'a appris quelque chose dont j'ignorais tout. En effet, il s'agit d'un film qui s'intéresse à un sujet plutôt méconnu soit le cas des enfants de Corée du Sud adoptés par des Américains qui ont été expulsés des Etats-Unis à l'âge adulte. 

Outre sa thématique subjuguante, Blue Bayou est un long-métrage à la photographie réussie. Mis en lumière par le chef opérateur Ante Cheng et tourné en pellicule 16mm, le film a une texture particulière qui permet d'entrer complètement dans l'univers dépeint.

Normalement, je préfère que les acteurs soient de la même nationalité que les personnages qu'ils interprètent. Je l'explique simplement par le fait que les accents spécifiques sont forcément plus crédibles lorsqu'ils sont réels et non appris. Ici que ce soit Alicia Vikander (qui est une actrice que j'adore) ou encore Justin Chon je ne pourrais pas affirmer que leur accent est parfait mais je les ai trouvé convaincants. 

Sinon en termes de casting, je l'ai trouvé tout simplement exceptionnel. Que ce soit la jeune Sydney Kowalske, Mark O'Brien ou encore Emory Cohen (que j'avais déjà vu dans Brooklyn de John Crowley), ils sont tous à la hauteur.

Si j'avais bien évidemment conscience que la politique migratoire américaine ainsi que son système administratif était absurde, je n'imaginais pas que c'était aussi grave. La mise en lumière de cette tragédie contemporaine à travers ce film m'a complètement retournée. Je ne vais pas vous cacher que j'ai pris une sacrée claque et que je n'ai pas pu m'empêcher de pleurer à chaudes larmes (surtout à la fin). 

Blue Bayou c'est donc un vrai coup de coeur autant pour son scénario que tout ce qu'il y a autour. À voir absolument! 


Nationalité : française.

Sortie : 8 septembre 2021. 

De quoi ça parle? : 
Ça semble être l’histoire d’une femme qui s’en va.

Pourquoi j'ai aimé :

Avant d'aller voir le film, je n'avais pas vu sa bande-annonce alors j'ignorais tout de l'histoire. Si j'ai été, comme tout le monde je pense, déconcertée par le début, je me suis rapidement laissée emportée par ce à quoi j'étais en train d'assister sans trop me poser de questions. Étant familière du cinéma d'Amalric, je savais que je pouvais lui "faire confiance" et je ne m'étais pas trompée sur ce point-là.

Serre Moi Fort m'a fait frémir, m'a touchée, m'a chamboulée et nombreux encore sont les verbes que je pourrais utiliser pour exprimer toutes les émotions qu'il a provoqué en moi.

Comment représenter le deuil? Comment transmettre la douleur à travers des images? Telles sont les questions posées par l'acteur-réalisateur et c'est, avec une certaine intelligence, qu'il a réussi à y répondre via son film. 

Entre imaginaire et réalité, on est ballotés entre deux mondes qui se confondent pour notre plus grand plaisir. Traités sur le même plan, il est, dans un premier temps, difficile de reconnaître le vrai du faux. L'intelligence de l'écriture, de la mise en scène et du montage est d'avoir réussi à ce que ce dispositif fonctionne à plusieurs niveaux. Personnellement, je suis admirative d'une telle prouesse et je ne peux que féliciter Mathieu Amalric d'avoir relever le défi de me surprendre une nouvelle fois avec sa dernière réalisation.

Le challenge était d'autant plus complexe à mettre en oeuvre puisque le tournage s'est étendu sur une très longue période, interrompue par plusieurs pauses (le tournage a débuté au printemps 2019, avant de reprendre en novembre de la même année et s’est terminé fin janvier 2020). 

Pour ce qui est du casting, c'est dès le début de l'écriture que Mathieu Amalric à penser à Vicky Krieps. Bien qu'elle avait lu la pièce, elle n'a pas lu le scénario avant d'accepter la proposition d'endosser le rôle principal. Résultat : ce fût le bon choix pour l'un comme pour l'autre puisque la performance de l'actrice luxembourgeoise est tout simplement époustouflante. 

Enfin, que ce soit les décors, les costumes, les accessoires ou encore la photographie : chaque élément n'est pas là au hasard et tout m'a énormément plu.



Nationalité : japonaise.

Sortie : 18 août 2021. 

De quoi ça parle? : 
Alors qu'il n'arrive toujours pas à se remettre d'un drame personnel, Yusuke Kafuku, acteur et metteur en scène de théâtre, accepte de monter Oncle Vania dans un festival, à Hiroshima. Il y fait la connaissance de Misaki, une jeune femme réservée qu'on lui a assignée comme chauffeure. Au fil des trajets, la sincérité croissante de leurs échanges les oblige à faire face à leur passé.

Pourquoi j'ai aimé :

De Ryusuke Hamaguchi j'avais déjà vu Senses (dont je vous avais parlé dans un article cinéma de juillet 2018),  Asako I et II (dont je vous avais parlé dans un article cinéma de février 2019) et Passion (dont je vous avais parlé dans un article cinéma de juin 2019). Force est de constater que le cinéma du réalisateur japonais me touche puisque j'en parle à chaque fois que je découvre une nouvelle de ses oeuvres. Je crois bien que Drive my car est celle que j'ai préféré.

Et pourtant, ce n'était pas joué d'avance parce que j'ai failli de pas avoir le courage de passer 3h enfermée dans une salle de cinéma. Parce que oui, Drive my car dure trois heures. Impossible de ne pas le mentionner dans cette critique toutefois, je tenais surtout à vous rassurer : on ne les voit pas passer. Le rythme du film est justement très intéressante et parfaitement proportionnée selon moi. Alors que la bande-annonce ne révèle qu'une partie de ce dont il est question dans l'ensemble, j'ai été ravie de voir qu'il ne s'agissait pas seulement d'une histoire d'un homme se faisant conduire là ou il voulait par une femme.

Ce qui m'a particulièrement plu c'est la construction progressive du rapport entre les deux protagonistes. On passe d'une première phase d'observation pour arriver à de vrais échanges. À travers leurs confidences, ils s'apprivoisent et apprennent à se connaître et nous suivons le même parcours. 

L'autre raison pour laquelle j'ai vraiment apprécié ce film est sûrement parce qu'il traite du deuil : un sujet qui m'émeut particulièrement. Ici, il est question de faire passer le message qu'il faut vivre malgré la douleur, ne pas se morfondre et essayer, au contraire, d'avancer toujours plus loin. 

Par ailleurs, l'autre thème passionnant de Drive my car (auquel je ne m'attendais pas) tourne autour de l'art dramatique. En effet, le personnage principal est metteur en scène de théâtre et il est justement en train de monter une nouvelle pièce. On est plongés dans son processus de création et les répétitions qu'il mène avec ses comédiens sont toutes aussi prenantes les unes que les autres. 

Enfin, le talent de Ryusuke Hamaguchi selon moi, c'est qu'il réussi à être profond sans être donneur de leçons. Tout est dans la subtilité et chaque élément de son histoire est raconté avec la distance idéale et surtout, beaucoup d'intelligence. Ainsi, même si plusieurs récits s'entrecroisent sur trois heures entières, on est captivés du début à la fin sans même penser à ce qu'il se passe en dehors de ce film.

Drive my car est une véritable expérience humaine qui nous fait ressentir, en continu, une palette d'émotions.


Nationalité : française.

Sortie : 20 octobre 2021. 

De quoi ça parle? : 
Jean, cadet d’une famille nombreuse, grandit au sein d’une communauté sous influence de Chris, un guide spirituel. Après avoir reçu une cassette de sa sœur qui vit recluse, il redécouvre des voix et des sons de son passé. Les souvenirs se mettent à émerger et Jean décide de partir sur les traces de Chris, dans un voyage qui le mènera au Japon, en Indonésie et en Bulgarie. Pendant cette quête, il découvrira le secret de son père, des années après sa mort.

Pourquoi j'ai aimé :

Premier long-métrage pour le DJ-compositeur-producteur français Jean-Baptiste de Laubier, il s'agit d'une auto-production. La décision de produire lui-même son film était raisonné puisqu'en effet, le réalisateur avait conscience que la structure inédite de son projet l'excluait du système de financement classique. Ainsi, il a inventé son propre procédé. Le résultat? Un film déroutant, qui subjugue et tient en haleine le spectateur du début à la fin.

Pour ma part, après être sortie de la salle, totalement chamboulée par ce à quoi je venais d'assister, je n'avais qu'une envie : crier. Autant de joie que de tristesse, autant d'excitation que de colère. J'étais dans un état second, comme sur un nuage ou propulsée dans un monde parallèle. Tel un coup de poing qui vous assomme, j'ai immédiatement pensé que ce film était MON coup de coeur de l'année 2021. Et oui, rien que ça!

L'une des spécificités de Spectre: Sanity, Madness & the Family est de mêler fiction et documentaire. Si ce choix a été principalement fait afin de protéger certains proches de Para One qui voulaient garder l’anonymat, ce format s’explique également par le fait que le récit s’appuie sur la mémoire. Il y a alors une part de reconstruction et donc d'invention, d'imaginaire qui s'incarne dans le film par des acteurs qui rejouent des scènes parfois authentiques, parfois écrites selon le principe de l’autofiction.

Ces séquences jouées cohabitent avec des images tournées par le réalisateur sur une période d'une vingtaine d'années, jusqu'alors compilées sans réel but. Et c'est ce mélange si particulier qui permet d’atteindre une réalité alternative. 

Tel un rêve éveillé, on suit le mouvement sans être maîtresse et/ou maître de la situation. Par conséquent, on est envahis par une multitude de sensations et émotions divergentes qui nous déstabilisent inlassablement.

Avec ce projet, Para One voulait explorer les racines intimes de la création artistique. À travers une histoire partiellement fictive de sa propre famille, il avait pour souhait de remonter aux sources mêmes de ce qui l'a poussé depuis toujours à exprimer ses intuitions sous forme stylisée. 

Telle une quête, ce premier long-métrage a pour objectif de reconstituer la musique perdue de l'enfance de l'artiste, musique qu'on découvre avoir été composée par un maître spirituel sous l’influence duquel sa famille a évolué pendant plusieurs décennies.

Passionnant est l'adjectif que j'utiliserais pour résumer en un seul mot ce film qui m'a emmenée ailleurs. 

Maintenant, je ne peux que vous recommander de le découvrir à votre tour. Vous m'en direz des nouvelles!


Nationalité : française.

Sortie : 24 novembre 2021. 

De quoi ça parle? : 

France, 1963. Anne, étudiante prometteuse, tombe enceinte. Elle décide d’avorter, prête à tout pour disposer de son corps et de son avenir. Elle s’engage seule dans une course contre la montre, bravant la loi. Les examens approchent, son ventre s’arrondit.

Pourquoi j'ai aimé :

Outre sa dénonciation évidente envers les injustices subies par les femmes, ce deuxième long-métrage est un moyen pour la réalisatrice d'explorer des sensations intimes qui ne cessent de croître tout au long du récit. Ainsi, on est directement confrontés avec la réalité concrète du processus de l'avortement clandestin. 

Tourné en 1.37, format du portrait, L'évènement se concentre sur l'essentiel et embrasse le regard de la protagoniste. Ce choix a permis à la cinéaste de contourner l'idée de la reconstitution et de plonger le spectateur dans un récit au présent. On est focalisés sur le personnage principal, au centre de l'action, élément avec lequel on ne fait qu'un, à travers lequel on observe, on ressent, on se laisse surprendre, on subit, en silence.

Dans cette optique, Audrey Diwan a poussé son chef opérateur Laurent Tangy à ne faire qu'un avec Anamaria Vartolomei. Ensemble, ils ont trouvé un rythme commun avec comme objectif d'être sans cesse à la hauteur du personnage, faire le point sur ce qu'elle regarde de manière viscérale. On vit alors, avec l'héroïne, les jours, les heures qui passent avant l'acte, tout comme on assiste au pendant et à l'après. L'expérience est aussi bien mentale que physique. Impossible de sortir indemne de la salle...

Cette idée de ne pas détourner le regard, même aux moments les plus durs, était primordial pour la réalisatrice. Les séquences sont donc filmées dans la longueur, sans coupes, ne nous laissant pas un instant pour souffler. 

Personnellement, j'ai eu l'impression d'être complètement vidée, comme si toute mon énergie et ma concentration avait été aspirées. En sortant de la salle, je suis allée respirer un coup dehors pour me ressaisir (avant d'aller voir Aline de Valérie Lemercier afin de me changer les idées).

Enfin, l'autre aspect intéressant du film est qu'il s'intéresse à la question des classes sociales. Anne, fille de prolétaire, est une jeune femme qui aspire à un avenir ambitieux. Ce sont ses études qui vont lui permettre d'accéder à une classe sociale supérieure et c'est cette volonté de réussir qui la pousse à refuser d'enfanter à ce moment charnière de sa vie.

Si L’Événement a obtenu le Lion d’or lors la Mostra de Venise 2021 ce n'est pas un hasard. C'est la preuve qu'il faut "choquer" pour se faire entendre et qu'il ne faut jamais baisser les bras pour obtenir gain de cause. Le chemin est encore long pour les femmes toutefois les récompenses comme celles-ci donnent de l'espoir quant au futur!


Nationalité : russe.

Sortie : 1 décembre 2021. 

De quoi ça parle? : 
Affaibli par une forte fièvre, Petrov est entraîné par son ami Igor dans une longue déambulation alcoolisée, à la lisière entre le rêve et la réalité. Progressivement, les souvenirs d'enfance de Petrov ressurgissent et se confondent avec le présent…

Pourquoi j'ai aimé :

Rares sont les fois où j'ai envie de quitter la salle néanmoins cela m'arrive et ce fut le cas avec La fièvre de Petrov. Pourquoi alors, je vous en parle aujourd'hui? Tout simplement parce qu'après les trente premières minutes, j'ai fini par lâcher prise et me suis laissée emporter par l'énergie inédite et déroutante du film.

Tout comme le livre dont il est adapté, la narration du film est moderniste et son style, inhabituel. Les intrigues s'entremêlent, se répètent, tout comme les époques, ce qui a pour effet de plonger le spectateur dans la plus grande des confusions. 

À l'image de ce qui se passe dans l'esprit du héros, on saute d'un souvenir à l'autre comme si on était nous même atteint par cet état grippal, pris d'une fièvre infernale, nous empêchant de faire la distinction entre la réalité et l'imaginaire, le passé du présent. 

Mise à part la narration embrouillée, ce long-métrage est, d'un point de vue technique, tout aussi complexe et impressionnant. Vladislav Opelyants, le directeur de la photographie, a largement contribué au résultat final en faisant un travail 100% fait main, sans avoir recours aux images de synthèse.

Enfin, pour interpréter Petrov, le cinéaste russe a choisi le directeur de théâtre et acteur Semyon Serzin, qui avait initialement reçu la proposition de monter une pièce inspirée du livre. Personnellement, je l'ai trouvé absolument fantastique, tout comme le reste du casting.

Avec ce film, Kirill Serebrennikov nous offre sa vision de ce que la Russie est pour lui. À travers l'empathie, le partage des souvenirs d'enfance, des peurs, des joies, des rêves, il raconte à son public ce qu'il aime, déteste, adore, ce qui le fait enrager aussi. Il a avoué que, tourné durant une période sombre de sa vie, La Fièvre de Petrov lui a servi de bouée de sauvetage.


Anecdotes : 
1. La Fièvre de Petrov se déroule dans la ville russe de Iekaterinbourg, située en Sibérie occidentale. Si certaines séquences ont été filmées sur place, la majorité du film a été tournée à Moscou.
2. Kirill Serebrennikov n’a pas pu présenter son film au Festival de Cannes en 2021, où il était sélectionné. Accusé d'avoir détourné des subventions publiques avec sa compagnie de théâtre, le cinéaste avait l’interdiction de quitter la Russie. En 2018 déjà, le cinéaste n’avait pas pu se rendre sur la Croisette avec Leto car il était assigné à résidence.


Voici donc pour mon top 10 films de 20201. 




mercredi 30 décembre 2020

Cinema | Top 10 Films (2020)

Bonjour, bonsoir, j'espère que vous allez bien! Cela fait deux ans déjà que je partage avec vous mon top 10 films (la première fois c'était en 2018, la deuxième en 2019). La fin d'année étant demain, je me suis dit qu'il était temps de vous présenter les 10 films qui m'ont le plus marquée en cette drôle d'année 2020.

Tout comme l'année dernière j'ai dépassé le défi du 1 film par jour. Si l'année dernière j'avais vu 215 films au cinéma, cette année malheureusement je n'ai pas pu en voir autant. J'ai tout de même réussi à en visualiser 84 sur grand écran (un nombre assez conséquent quand on sait que les cinémas n'ont été ouverts que la moitié de l'année).

J'ai décidé de faire mon top 10 uniquement par rapport aux oeuvres que j'ai vu en salles puisqu'il s'agit de faire un top des films sortis en 2020.


L'adieu de Lulu Wang.

Nationalités : Ameriano-chinoise

Sortie : 8 janvier 2020

De quoi ça parle? : 
Lorsqu’ils apprennent que Nai Nai, leur grand-mère et mère tant aimée, est atteinte d’une maladie incurable, ses proches, selon la tradition chinoise, décident de lui cacher la vérité. Ils utilisent alors le mariage de son petit-fils comme prétexte à une réunion de famille pour partager tous ensemble ses derniers instants de bonheur. Pour sa petite fille, Billi, née en Chine mais élevée aux Etats-Unis, le mensonge est plus dur à respecter. Mais c’est aussi pour elle une chance de redécouvrir ses origines, et l’intensité des liens qui l’unissent à sa grand-mère.

Pourquoi j'ai aimé :

L'Adieu m'a bouleversée. Pourquoi? Sûrement parce que c'est un film sur la famille, sujet cher à mon coeur. 

Il n'y a pas seulement ce facteur cependant qui m'a séduite et émue. Non, c'est le tout. C'est cette manière de mettre en valeur certains détails comme les gestes et les regards ainsi que les rituels qui sont propres à tous les clans, les groupes d'individus qui sont liés par le sang ou par leur histoire en commun.

Ici, il s'agit d'une réunion, celle d'une famille donc, dont les enfants ne vivent plus au même endroit. Il s'agit aussi d'un retour à un pays (quitté) et à une culture, la culture chinoise, et de toutes les traditions qu'elle implique.

C'est par le regard de Billi, jeune femme née en Chine ayant grandi aux Etats-Unis, que nous entrons dans ce cercle, dans cette culture. 

Awkwafina, qui interprète tout en délicatesse ce rôle principal, nous emmène avec elle et nous guide. Par son visage dont la mère lui reproche d'être révélateur de ses états d'âme, nous vivons ses craintes, doutes et joies aussi. 

Cette protagoniste, en résistance constante et en désaccord avec le reste de sa famille, est porteuse de toute l'émotion ressentie. C'est en s'identifiant à ce qu'elle est en train de vivre qu'on appréhende les situations à venir. 

Personnellement, je me suis totalement projetée et c'est pour cette raison que j'ai été si profondément touchée. Durant toute la durée du film j'ai retenu au maximum mes larmes et au moment où les lumières se sont rallumées, elles ont coulées malgré moi.

C'était beau, intelligent, bien écrit. J'en suis encore chamboulée...



1917 de Sam Mendes.

Nationalité : Britannique

Sortie : 15 janier 2020

De quoi ça parle? : 

Pris dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale, Schofield et Blake, deux jeunes soldats britanniques, se voient assigner une mission à proprement parler impossible. Porteurs d’un message qui pourrait empêcher une attaque dévastatrice et la mort de centaines de soldats, dont le frère de Blake, ils se lancent dans une véritable course contre la montre, derrière les lignes ennemies.

Pourquoi j'ai aimé :

Récompensé par les Golden Globes du Meilleur Réalisateur et du Meilleur Film dramatique ainsi que de l'Oscar de la meilleure photographie, l'Oscar du Meilleur Mixage Son et des Meilleurs Effets Visuels, 1917 est, comme le dit son réalisateur, un film ambitieux. 

Après avoir mis en scène deux volets de la saga James Bond (Skyfall, 2012 et 007 Spectre, 2015), Mendes se met à écrire un projet basé en partie sur un récit raconté par son grand-père paternel. Ce projet c'est bien évidemment 1917.

J'ai vu tous les films de Sam Mendes (sauf Jarhead) et je les ai tous autant aimé. Il y a chez ce cinéaste un véritable don pour faire du cinéma, du vrai, celui qu'on apprécie voir sur grand écran et revoir ensuite chez soi.

Avec ce film de guerre, il nous prouve une fois de plus qu'il maitrise aussi bien l'art de la narration que la capacité à faire éprouver diverses émotions aux spectateurs. 

Que ce soit la lumière de Roger Deakins, la musique composée par Thomas Newman, les décors de Dennis Gassner et Lee Sandales, les costumes de Jacqueline Durran ou encore le casting : tout est mis en oeuvre pour nous plonger dans cet évènement de la Première Guerre mondiale.

Pour ma part, j'ai été totalement prise par l'action et je ne suis pas ennuyée une seule seconde. 1917 est une véritable expérience immersive à ne surtout pas manquer sur grand écran!


Waves de Trey Edward Shults.

Nationalité : Américaine

Sortie : 29 janvier 2020

De quoi ça parle? : 

Le parcours des membres d’une famille afro-américaine, menée par un patriarche protecteur, mais très exigeant, sur les eaux troubles du malheur et du deuil. Un chemin douloureux qui finira par les rassembler sur les rives de l’amour et du pardon, si tant est qu’ils parviennent à accepter de lâcher prise.


Pourquoi j'ai aimé :

Inspiré par Chungking Express de Wong Kar-wai (1994), le cinéaste texan a décidé de séparer son film en deux parties distinctes, liées par un passage commun.

C'est justement ce choix de construction qui m'a extrêmement plu et qui, selon moi, fait de ce troisième long-métrage, une oeuvre dont je vais me souvenir encore pendant un moment. 

Effectivement, si j'étais assez perplexe durant la première partie que j'ai trouvé un peu trop tape-à-l'oeil à mon goût, la deuxième, est venue lui apporter toute l'ampleur qui lui manquait. C'est donc l'addition de ces deux bouts qui crée un ensemble à l'équilibre parfait selon moi.

Le vrai plus c'est surtout la faculté d'avoir écrit des personnages qui sont tous aussi intéressants à suivre les uns que les autres et qui, forcément, parlerons, chacun à leur manière, à un large public.

Ce qui est notamment remarquable c'est que Trey Edward Shults ne s'excuse pas. J'entends par là qu'il ne se plie pas à certaines règles et réalise avec Waves une oeuvre imprégnée de passion non contenue. Dans cette optique, le film déborde de couleurs et de musiques, de mouvements de caméra déconcertants.

Si cela dérangera sûrement certaines personnes, j'ai trouvé cela revigorant et rafraichissant. Par ce "trop", le réalisateur signe un drame profondément humain, débordant de vitalité et d'enthousiasme créatif.

Bien évidemment, face à un tel spectacle je n'ai pas réussi à retenir mes larmes longtemps. J'ai été profondément déboussolée par Waves.

Je ne peux donc que vous recommander de le découvrir à votre tour!

Benni de Nora Fingscheidt.

Nationalité : Allemande

Sortie : 22 juin 2020

De quoi ça parle? : 

Benni a neuf ans. Négligée par sa mère, elle est enfermée depuis sa petite enfance dans une violence qu'elle n'arrive plus à contenir. Prise en charge par les services sociaux, elle n'aspire pourtant qu'à être protégée et retrouver l'amour maternel qui lui manque tant. De foyer en foyer, son assistante sociale et Micha, un éducateur, tenteront tout pour calmer ses blessures et l'aider à trouver une place dans le monde.

Pourquoi j'ai aimé :

C'est lors d'une Cinexpérience (séance de cinéma à l'aveugle en avant-première) organisée par Senscritique, que j'ai eu la chance de découvrir Benni.

Je crois que cela faisait longtemps que je ne m'étais pas laissée surprendre comme cela! Benni m'a retournée, émerveillée, frappée en plein coeur. 

Encore aujourd'hui, je ressens l'énergie, la violence et la fureur dont le film déborde. J'étais littéralement enfoncée dans mon siège, les yeux grands ouverts, le coeur battant à la chamade en regardant Benni, le film, comme le personnage.

On ne peut être qu'ébranlé(e) par un objet de la sorte tellement il est intense, tellement il vous pousse dans vos retranchements. 

La vraie réussite, selon moi, c'est d'avoir réussi, avec brio, à se baser sur une réalité sans tomber dans une forme documentaire. Benni est un véritable film de fiction, aussi bien par ses choix de mise-en-scène, que par son casting dévoué à 200%.

Parlons-en justement de ce casting hallucinant! Au centre on a Helena Zengel, jeune actrice qui ferait rougir les plus grands, et face à elle, Albrecht Schuch qui, dès sa première apparition, nous marque par l'intensité de son regard et de sa présence dans l'espace. D'autre part, il y a notamment les seconds rôles, tout aussi importants et admirables, interprétées par Gabriela Maria Schmeide et Lisa Hagmeister, qui marquent par leur sensibilité.

Tout ce beau monde agit devant nous, sans que nous puissions intervenir et pourtant, c'est comme si on se retrouvait avec eux, passifs certes, mais impliqués. 

Pour un premier long-métrage, je ne suis que respect et admiration; en attente de la suite, avec une impatience démesurée.

Dark Waters de Todd Haynes.

Nationalité : Américaine

Sortie : 26 février 2020

De quoi ça parle? : 

Robert Bilott est un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques. Interpellé par un paysan, voisin de sa grand-mère, il va découvrir que la campagne idyllique de son enfance est empoisonnée par une usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région. Afin de faire éclater la vérité sur la pollution mortelle due aux rejets toxiques de l’usine, il va risquer sa carrière, sa famille, et même sa propre vie...


Pourquoi j'ai aimé :

Le premier film que j'ai vu de Todd Haynes était Loin du paradis (2002) avec Julianne Moore et Dennis Quaid que j'avais adoré. Puis, quelques années plus tard, j'ai découvert la mini-série Mildred Pierce (2011) avec Kate Winslet et Evan Rachel Wood et j'ai, de nouveau, été absolument comblée par l'univers du réalisateur et sa manière de filmer si bien les femmes. Ensuite est sorti Carol (2015) et je me souviens très bien qu'en sortant de la salle j'étais très agacée et plutôt très déçue. Enfin, même si Le musée des merveilles (2017) - dont je vous avais parlé ici - ne m'a pas complètement emportée, il m'a laissé un meilleur souvenir que Carol.

Quand j'ai vu la bande-annonce de Dark Waters j'ai été, comme tout le monde, assez surprise de découvrir que le film était signé Todd Haynes. Lui qui est connu pour ses histoires d'amour, ce détour par le drame historique était pour le moins déroutant.

Il doit ce virage dans le réalisme à Mark Ruffalo et à la société de production Participant qui lui ont proposé le projet, un an après que l’article de Nathaniel Rich ait été publié dans le New York Times Magazine. 

Au final, une fois le film vu, on comprend mieux pourquoi le cinéaste a été emballé par cette affaire. En effet, on retrouve ses thèmes de prédilection comme la mélancolie, le bouleversement des convenances, la détermination, la justice... 

D'autre part, ce n'est pas compliqué non plus de saisir en quoi cette histoire a aussi bien intéressé l'acteur. On ne le retrouve plus sous les traits du monstre vert (Hulk) mais sous ceux de Robert Billott, avocat de Cincinnati (toujours vivant et bien réel) et s'il s'agit notamment de "défendre les gentils et battre les méchants", ici c'est sans super pouvoirs incroyables, si ce n'est la patience. On suit ainsi cet homme sur plus de vingt ans et on l'observe, on le soutient dans son combat.

Aussi bien Ruffalo que Haynes nous prouvent qu'ils n'ont pas besoin d'artifices pour nous en mettre plein la vue et attirer toute notre attention. Personnellement, j'étais cramponnée à mon siège comme si j'attendais un tremblement de terre. Je n'ai pas décrochée une minute du spectacle qui m'étais donné de voir, subjuguée par la prouesse de l'acteur tout comme celle du réalisateur.

J'ai été déconcertée par l'humilité et l'humanité qui se dégage de ce biopic, j'ai été bouleversée par le refus du sensationnel et tous les choix de mise-en-scène en général.

Je ne m'attendais pas à être aussi impressionnée par Dark Waters et pourtant! Merci à mon amie Adèle qui m'a convaincue de me précipiter en salles avant de le rater sur grand écran.

Un fils de Mehdi M. Barsaoui.

Nationalités : tunisienne, qatarienne, libanaise, française

Sortie : 11 mars 2020

De quoi ça parle? : 

Farès et Meriem forment avec Aziz, leur fils de 9 ans, une famille tunisienne moderne issue d’un milieu privilégié. Lors d’une virée dans le sud de la Tunisie, leur voiture est prise pour cible par un groupe terroriste et le jeune garçon est grièvement blessé...


Pourquoi j'ai aimé :

Un fils est typiquement le film que je ne serais pas aller voir par moi-même. Heureusement pour moi, j'ai été invitée par Sens Critique pour une Cinexpérience (avant-première à l'aveugle) et j'ai eu le plaisir de le découvrir avant sa sortie. 

Si l'histoire, par ces divers sujets épineux (entre autres les attentats terroristes, le don et le trafic d'organes), aurait pu aisément tomber dans les clichés, il déborde d'intelligence et de sensibilité. 

Bien qu'il ne s'agisse pas d'un film d'action ou d'un thriller au budget ahurissant, c'est une histoire dont le suspens est parfaitement maintenu et dont on a du mal à sortir indemne. 

Démarrant sur une séquence joyeuse qui nous dévie d'abord avec subtilité de ce qui nous attend par la suite, le récit bascule brusquement dans le drame et quel drame! 

Brillamment écrit, Un fils est une oeuvre qui transperce par sa bravoure, sa justesse et sa véracité. Les interrogations sur la filiation (cf. le titre) et les liens du sang sont d'une pertinence rare, le politique se mêle au social, l'intime à la morale.

Par ailleurs, la sobriété de la mise-en-scène qui nous plonge au plus près des personnages à l'aide d'une caméra à l'épaule permet d'appréhender leurs émotions et de ressentir leur douleur en complète adéquation.

Enfin, on est aussi et surtout bousculés par les acteurs qui sont, eux aussi, pour beaucoup à la réussite du film. D'une part il y a Najla Ben Abdallah pour qui on ne peut s'empêcher d'avoir une grande empathie et de l'autre il y a Sami Bouajila (qui a obtenu le prix d'interprétation masculine au Festival de Venise pour son rôle) pour qui il est impossible de ne pas avoir de l'admiration. À eux deux ils forment un couple, une mère et un père, à qui l'inenvisageable va arriver.

Je suis loin d'être une spécialiste en ce qui concerne le cinéma tunisien néanmoins cette oeuvre m'a totalement bouleversée et je ne peux que vous la conseiller. 


Eva en août de Jonas Trueba

Nationalité : Espagnole

Sortie : 5 août 2020

De quoi ça parle? : 

Eva, 33 ans, décide de rester à Madrid pour le mois d’août, tandis que ses amis sont partis en vacances. Les jours s’écoulent dans une torpeur madrilène festive et joyeuse et sont autant d’opportunités de rencontres pour la jeune femme.


Pourquoi j'ai aimé :

Cinquième long-métrage pour ce cinéaste espagnol, Eva en août est une vraie pépite qui rafraichira votre été et réchauffera votre hiver. 

Se déroulant comme un dialogue entre Eva et la ville de Madrid - où elle décide de passer la première quinzaine du mois d'août - le film nous offre un double portrait, une double immersion. Ainsi on entre dans le quotidien de cette femme de 30 ans et on découvre la capitale en déambulant dans ses rues et en y rencontrant ses habitants. 

Tout comme le personnage principal, on se laisse porter par les évènements qui s'enchainent comme une feuille emportée par le vent et on ne peut pas dire que ce soit désagréable!

D'Eva on ne sait presque rien et les éléments sur son passé sont presque inexistants. C'est justement là que réside toute la prouesse du scénario. Bien qu'elle soit conçue comme un personnage du présent, le fait qu'elle soit de tous les plans nous pousse inévitablement à nous sentir proche d'elle.

L'autre caractérisation d'Eva c'est qu'elle fait parler les autres sans se révéler ou se livrer à nous. Ce sont ses contradictions qui nous charment et sa naïveté qui nous touche de plein fouet.

La séquence qui m'a le plus émue est celle où elle tombe sur son ex devant la billetterie d'un cinéma indépendant. Cela fait des mois qu'ils ne se sont pas vus, la tension mêlée à la tendresse sont présentes. Cette captation de sentiments si intenses m'a fait verser quelques larmes que je n'ai évidemment pas réussi à retenir.

Eva en août est une exploration de ce que c'est d'être une femme de nos jours. De nombreux thèmes, tous plus intéressants les uns des autres, sont développés comme la maternité, la sororité, l'indépendance.

Enfin, comme le personnage principal, ce film donne envie de redécouvrir sa ville avec un regard de touriste, prendre des photos, visiter les musées, s'installer à une terrasse, aller à un concert. Un appel à la vie, un appel à l'instant présent.

C'est un véritable coup de coeur!

Light of my life de Casey Affleck.

Nationalité : Américaine

Sortie : 12 août 2020

De quoi ça parle? : 

Dans un futur proche où la population féminine a été éradiquée, un père tâche de protéger Rag, sa fille unique, miraculeusement épargnée. Dans ce monde brutal dominé par les instincts primaires, la survie passe par une stricte discipline, faite de fuite permanente et de subterfuges. Mais il le sait, son plus grand défi est ailleurs: alors que tout s'effondre, comment maintenir l'illusion d'un quotidien insouciant et préserver la complicité fusionnelle avec sa fille ?

Pourquoi j'ai aimé :

Dès que j'ai su qu'un film de Casey Affleck allait sortir, je n'avais qu'une hâte, le voir sur grand écran. Cette excitation ne reposait que pour mon admiration envers l'acteur puisque j'ignorais alors qu'il avait déjà réalisé précédemment. 

Light of my life est donc son deuxième long-métrage et je dois dire que j'ai été impressionnée par sa maitrise à la fois de choix de mise-en-scène et également de direction d'acteurs. 

Il faut savoir que les origines de ce film remontent aux alentours de l'année 2009 et se trouvent dans l'un des rituels propres à tout parent : les histoires qu'ils racontent à leurs enfants au moment du coucher. L'acteur-réalisateur voulait s'intéresser aux thèmes de la parentalité et de la tradition orale. C'est de sa propre expérience qu'il s'est inspiré et c'est d'ailleurs suite à son divorce que l'histoire a pris sa forme définitive.

Du réel, Casey Affleck a décidé d'apporter une dose d'imaginaire. En effet, Light of my life est un film d'anticipation. Quand le récit commence, on comprend rapidement que la situation n'est pas "normale", que ce père et sa fille, vivent dans un monde différent du nôtre et que les règles ne sont plus les mêmes.

Se déroulant essentiellement dans des environnements ruraux, le cinéaste et son directeur de la photographie Adam Arkapaw ont opté pour une caméra fixe plutôt qu'à l'épaule. Personnellement, je trouve que c'est un choix pertinent puisqu'il nous permet d'être concentré(e)s sur les personnages et notamment parce qu'il fonctionne par rapport au monde dans lequel ils vivent, soit un monde qui semble figé dans le temps.

Comme Leave no trace de Debra Granik (2018) dont je vous avais parlé dans un article cinéma du mois de septembre 2018, j'ai été profondément émue par la relation père-fille dépeinte dans ce film. Je me suis imaginée dans la même situation avec mon propre père et cela m'a bouleversée. 

Le titre ("lumière de ma vie" si on le traduit littéralement en français), est représentatif de l'amour que les deux héros se portent chacun. À la fois contraints de rester ensemble pour leur survie et restreints de ne partager leurs existences uniquement l'un avec l'autre, ils sont, en effet, leur propre lumière, leur raison de continuer à vivre.

Enfin, ce que j'ai aimé c'est qu'il s'agit d'une histoire qui met en valeur l'humanité tout comme elle en montre les pires défauts. 

Light of my life est magnifique, sublime, grandiose par son intelligence et par sa dévotion. J'ai adoré!

Énorme de Sophie Letourneur.

Nationalité : Française

Sortie : 2 septembre 2020

De quoi ça parle? : 

Ça lui prend d’un coup à 40 ans : Frédéric veut un bébé, Claire elle n’en a jamais voulu et ils étaient bien d’accord là-dessus. Il commet l’impardonnable et lui fait un enfant dans le dos. Claire se transforme en baleine et Frédéric devient gnangnan.

Pourquoi j'ai aimé :

J'appréhendais d'aller voir Énorme et au final, je crois que ce film est en lice pour faire partie de mon top 10 de l'année 2020.

La raison principale de mon appréhension : la mise-en-scène de Sophie Letourneur qui semblait, d'après les plans choisis dans la bande-annonce, être assez basique et pas vraiment attrayante. 

Il s'est avéré que c'est justement ce choix de mêler d'une part les techniques du documentaire et de l'autre celles de la fiction qui m'ont grandement enthousiasmée. En effet, cela crée un ton unique, entre réalisme et fantaisie. Ainsi, le rire et l'émotion cohabitent : il y a eu des moments où je m'esclaffais et d'autres où je pleurais comme une madeleine (c'est la séquence de l'accouchement qui a signé ma fin).

Cette authenticité on la doit au procédé d'écriture de la cinéaste qui, pendant le neuvième mois de sa seconde grossesse, a pris des notes sur tout ce qu'elle ressentait, vivait. De toutes les situations tragicomiques auxquelles elle a fait face est née l'envie d'en faire un film. Elle a notamment utilisé le principe d’enregistrer au son des improvisations puis de les mélanger, les monter afin de les retranscrire pour qu’elles deviennent les dialogues définitifs.

Par ailleurs, le côté brut, frontal de la réalisation de Sophie Letourneur résulte également de sa manière de tourner. Pour les scènes à l’hôpital, dans une logique de champs-contrechamps, la réalisatrice a filmé les plans documentaires et les séquences d’improvisation en cadrant uniquement le personnel. Ces séquences avec le personnel hospitalier ont été captées lors de scènes d’improvisations.

Le défi pour ce film s’est donc joué autour du point de montage entre ces plans documentaires et les plans fictionnels, dans une continuité́ artificielle. Et le pari est relevé! 

D'autre part, ce que j'ai le plus apprécié dans Énorme c'est la réflexion sur le corps des femmes, ce qu'il subit au quotidien, ce que la société en attend, ce qu'il représente. Le format choisi (presque carré) renforce le côté claustrophobe, coincé qui reflète l'état d'esprit de la femme enceinte. Comme l'explique Sophie Letourneur, attendre un enfant c'est être bloquée dans un calendrier, dans un corps, dans un empêchement. 

Si le ventre de Claire (Marina Foïs) devient si énorme c'est pour parler de la transformation des corps sans que ce soit un acte volontaire. Cette "énormité" est aussi une façon d'exprimer le ressenti plus que le réel. Par conséquent, plus le film avance, plus l'actrice occupe l'espace dans le cadre. À noter que, dans Énorme, ce changement corporel touche aussi bien la femme que l'homme produisant alors un effet particulièrement comique. 

Enfin, la réussite de cette comédie repose également sur le brio de Marina Foïs et Jonathan Cohen qui forment un couple improbable mais crédible.

En résumé : j'ai adoré et je vous le conseille vivement. 

Drunk de Thomas Vinterberg.

Nationalité : Danoise

Sortie : 14 octobre 2020

De quoi ça parle? : 

Quatre amis décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une rigueur scientifique, chacun relève le défi en espérant tous que leur vie n’en sera que meilleure ! Si dans un premier temps les résultats sont encourageants, la situation devient rapidement hors de contrôle.

Pourquoi j'ai aimé :

Comme beaucoup de personnes, je suis absolument fascinée par Mads Mikkelsen. Il était donc obligatoire que j'aille voir ce film, d'autant plus que la bande-annonce me donnait vraiment envie. 

Drunk c'est une double expérience : une pour le public et une pour le réalisateur. D'abord, il y a le spectateur qui assiste à une recherche, une expérimentation faite par les personnages, ensuite il y a Thomas Vinterberg qui s'amuse à illustrer l'effet de l'alcool sur les gens et démontrer comment sa consommation est libératrice. 

Expliqué comme ça on pourrait penser que cette oeuvre pousse à l'ivresse mais ce n'est évidemment pas son but. Au contraire, le film montre que les excès ne sont pas recommandés et qu'il faut savoir se maitriser pour ne pas en subir les conséquences. 

Ce qui est passionnant dans Drunk c'est l'évolution de l'histoire. Les scènes se déroulent sans qu'on puisse avoir la moindre influence dessus et sans qu'on sache jusqu'où cela va mener. Tel un cours d'eau, on est donc transportés d'une manière coulante, aisée.

D'autre part, il y a la confrontation de deux générations soit la jeunesse représentée par les lycéens et l'âge adulte, celui des professeurs. Les deux sont indéniablement liés et c'est leur relation qui est particulièrement intéressante dans ce film. Ainsi, que ce soit un jeune de 17 ans ou un cinquantenaire, on se rend compte, que peu importe l'âge, on éprouve les mêmes doutes, les mêmes chagrins, les mêmes joies et c'est là que réside le message de cette oeuvre et la sagesse de son metteur en scène. 

Enfin, impossible de ne pas être éblouis par la fin de Drunk qui est une véritable célébration de la vie et du bonheur d'être ensemble.

Pour l'anecdote : quand le générique de fin s'est lancé, une jeune femme dans la salle a laissé sortir un cri de satisfaction magnifique et a ajouté "waouh ça fait du bien". Une phrase qui, je pense, est à l'image de Drunk et reflète totalement son état d'esprit soit un relâchement et une ouverture sur le monde et ceux qui nous entourent.



CONCLUSION

Sur les 10 films, 3 d'entre eux ont été réalisé par des femmes. En termes de diversité des pays, on n'est pas trop mal non plus avec 7 nationalités différentes.

Même si je suis loin du nombre de films vus en salles de 2019 (215 contre 84), je suis plutôt satisfaite de ce top 10 et j'espère qu'il vous plaira à vous aussi!


Et vous, quel est votre 
top 10 films 2020?